Aimer, tout bêtement, tout simplement,
Parfois sans raison, sans motif apparent,
Sans trop d’emportement, ni de violence,
Mais doucement, presque en silence,
Comme une prière, comme un chant,
Dont les notes se perdraient, un peu découragées,
Ne sauraient où aller, un peu désespérées,
Saisir un élan, trouver un écho,
Comme une réponse à ce phénomène si beau,
Qui donne un goût à l’existence,
Une raison de vivre, de toute évidence.
Aimer, même sans tout connaître, ni tout comprendre,
D’un cœur voulant bien faire, mais ne sachant comment s’y prendre,
Pour ne pas faire fuir, pour ne pas faire peur,
Et ne pas se voir condamné à errer dans l’heure,
D’un cœur triste et gai en même temps,
Gai d’éprouver un si profond sentiment,
Mais triste car se sachant vaincu d’avance,
Et qu’il ne pourrait pour sa défense sortir sa science,
D’un cœur qui ne voudrait pas s’abîmer par terre,
Comme s’il n’habitait plus vraiment sur Terre,
Car si un jour comme tous les autres il a pu tricher,
Il ne le peut plus, et il ne sait plus se cacher.
Aimer, de sympathie et d’émotion,
De douceur et de dévotion,
De douleur et d’abnégation,
Et de tendresse, cette jolie tendresse,
Une mer de tendresse, merveilleuse et indéfinie,
Mais qui restera inassouvie, si belle ironie.
Ce n’est jamais la faute de personne, c’est juste la vie,
Cette vie qui est si belle, mais aussi si cruelle,
Car ce ne sera jamais bien, ce sera toujours rien,
Ce ne sera jamais comme il faut, ce sera toujours trop,
Ou alors insuffisant, pas assez,
C’est selon ; vous qui lisez, choisissez.
Aimer à se sentir si grand, et pourtant si gêné,
Le cœur si vaste, et pourtant si navré,
D’avoir sonné à la mauvaise porte, d’avoir dérangé.
Et puis ne pas savoir que faire de cet amour,
Si maladroit, si résigné,
Puisque jamais il ne verra le jour,
Puisque jamais il ne sera partagé,
Et qu’il faudra l’enterrer pour toujours,
Comme un désir vain, naïf, et un peu fou,
Qui doit bien vite retourner au trou,
D’où il est venu sans avoir prévenu,
Le malheureux, l’obtus.
Aimer et puis tenter d’oublier, et se convaincre de ne plus aimer,
Ou alors d’une autre façon, autrement,
Se vouloir aussi généreux, mais moins égoïste et moins embarrassant,
Moins de sentiments, mais une meilleure amitié peut-être, qui sait vraiment ?
Et puis comprendre la leçon, et puis l’accepter,
Se résoudre à ce que soit impossible, que ça ne puisse pas s’imaginer,
Comme quand on regarde une étoile,
Si lointaine et pourtant si voisine à la fois,
Qu’on voudrait tellement pouvoir l’approcher,
Mais on s’y brûlerait les doigts,
Alors que si on la laisse en paix,
Sa lumière n’en est que plus belle,
Malgré la peine, malgré le regret,
De ne pas avoir pu, de ne pas avoir su la toucher,
Et qu’elle ne nous soit pas destinée,
Ni pour une minute, ni pour l’éternité.
Aimer, tout bêtement, tout simplement,
Sans grande attente, sans grand espoir,
Et finalement trouver la force de dire au revoir,
De laisser disparaître cet amour, cette brève histoire,
Et trouver le courage de ne pas broyer trop de noir,
Se voir déçu évidemment, mais repartir encore et toujours,
Vers un autre voyage, d’autres alentours,
Tenter de combler l’absence, de conjurer l’hiver et le froid,
De ne pas se perdre et de garder la foi,
Pour ensuite reprendre en souriant et en tremblant,
La grande course en avant,
La grande course un peu folle de toutes les espérances et de tous les désespoirs,
Et pouvoir se dire un beau matin,
C’est fini, je n’ai plus de chagrin !
Sans pour autant réussir parfaitement à étouffer,
Cette chaleur, cette affection, cette beauté,
Qui malgré tout, c’est sûr, ne pourront que perdurer,
Parce qu’elles seront toujours sans animosité,
Remplies de bienveillance et d'une sincère amitié.